A Paris, le 28 juin, ne nous trompons pas d’enjeu !

Sur bien des aspects, les élections municipales qui s’achèveront le 28 juin vont marquer notre histoire.

Parce que la crise sanitaire a percuté la vie de chacun, elle a aussi bouleversé la vie démocratique. La campagne fut mise entre parenthèses pendant plus de trois mois – c’est inédit. Les enjeux liés à la gestion de la pandémie ont supplanté les débats locaux – c’était légitime. Les pratiques militantes et les moyens de communication ont été profondément bousculés ou remis en cause – c’était nécessaire.

Les enjeux initiaux du scrutin ont donc perdu en visibilité. Cela signifie-t-il qu’ils sont devenus secondaires ? Loin s’en faut : ils posent le plus souvent des questions essentielles pour l’avenir de chaque ville.

A Paris tout particulièrement, les projets défendus par les trois têtes de liste encore en lice proposent des destinées bien différentes à la capitale.

La campagne d’Agnès Buzyn est certes sans cohérence, mais sa vision de Paris n’est pas sans substance : elle s’en remet tout entier au dogme du « laisser-faire ». Place de la voiture, évolution du marché de l’immobilier, organisation des activités commerciales : à chaque fois, la candidate d’Emmanuel Macron renonce à agir et réguler. Les intérêts privés et les attentes personnelles, parce qu’ils sont contradictoires, nécessitent pourtant une intervention publique forte. Mais Agnès Buzyn semble croire que l’harmonie sociale, écologique et urbaine de Paris descend du ciel.

Rachida Dati, pour sa part, joue plutôt la résurrection : celle du Paris chiraquien, dont elle a fait ressurgir du passé les antiennes. La candidate de la droite fait comme si la capitale ne s’était pas transformée en profondeur ces dernières années, en intégrant la mixité des usages, des cultures et des populations dans son identité contemporaine. Mais en un quart de siècle Paris a changé. Les défis d’aujourd’hui ne sont plus les mêmes, les attentes et les ambitions non plus.

Avec la victoire de Bertrand Delanoë, notre ville a conquis une autonomie nouvelle. En 2001, le « changer d’ère » du candidat socialiste ne signifiait pas seulement l’alternance : il signifiait que son maire allait être pleinement maire, et qu’il ne ferait pas de la ville un instrument au service d’une ambition personnelle ou le supplétif d’orientation nationale. Paris méritait une autre pratique du pouvoir, entre ses murs et hors-les-murs, avec les villes voisines. Paris méritait qu’on s’attache à transformer sa physionomie et à œuvrer à sa cohésion sociale.

Aujourd’hui, Paris est plus forte de cette autonomie qu’elle a conquise. Voudrait-on qu’elle revienne à un passé idéalisé ? Imagine-t-on un seul instant qu’elle s’abandonne tout entière aux aléas du marché ? Ce dont Paris a besoin, c’est de maîtriser son développement et ses transformations.

Dans une métropole comme Paris, au-delà de l’impératif écologique, les transformations économiques, sociales et culturelles s’y expriment de manière plus intense et plus accélérée qu’ailleurs. Si les citoyens n’en ont pas la maîtrise, elles peuvent être facteur de désordre.

Ces dernières années, le centre de Paris a ainsi subi les impacts du développement débridé des locations touristiques saisonnières, faute d’outils d’encadrement pourtant réclamés par la municipalité. Ce sont ainsi 26.000 logements qui sont sortis du marché locatif, provoquant une baisse historique du nombre d’habitants. Et conduisant, par là même, à une dégradation de la vie des quartiers, à des perspectives de fermeture de classe, faute de familles suffisantes, et à une mutation de la nature des commerces de proximité.

Quant à l’espace public, il est devenu le théâtre d’une cohabitation conflictuelle entre ces différents usages, sous l’effet de nouveaux modes de mobilité, de l’explosion des services de livraison ou de déplacements « ubérisés » mais aussi des attentes différenciées de ses utilisateurs.

Ces phénomènes, comme tant d’autres, doivent être appréhendés et maîtrisés pour ne pas devenir anarchiques. Ils doivent être encadrés pour ne pas déposséder les citoyens de leur propre ville.

C’est précisément cette capacité à domestiquer les transformations pour les inscrire dans un dessein collectif qui est au cœur du projet défendu par Anne Hidalgo.

En proposant d’initier la ville du ¼ d’heure, en réorganisant les mobilités, en encadrant le marché du logement, en accompagnant la participation et l’engagement citoyens, en investissant dans les services publics, les propositions de Paris en Commun donnent aux citoyens la capacité de peser sur le destin de la capitale.

Comme le relève le Manifeste pour Paris, « plus encore qu’avoir leur mot à dire sur les changements de leur espace de vie, les Parisiens doivent en être réellement partie prenante », c’est-à-dire tout à la fois être initiateur des propositions, intégrés au processus de délibération mais aussi pleinement pris en compte dans la finalité des décisions.

Cette exigence démocratique s’exprime aussi par la transition écologique de la capitale dont l’aménagement doit être pensé dans une stratégie de long terme, favorisant un équilibre nouveau entre les contraintes de la densité et les besoins d’oxygéner nos quartiers. La végétalisation des abords de 300 écoles, la lutte contre les pollutions, le développement massif des pistes cyclables constituent autant de leviers pour permettre aux habitants et aux travailleurs parisiens de bénéficier d’un environnement plus apaisé, plus vivable et plus accessible.

C’est le sens du volontarisme assumé du projet défendu par Anne Hidalgo, qui vise à amplifier – et non à renoncer ou à reculer comme le proposent les deux autres candidates – l’action de la Ville au service de ses habitants.

En 2001, les Parisiens aspiraient à reprendre le pouvoir sur leur ville. En 2020, il s’agit désormais de l’accroître et de le partager, pour mieux en maîtriser le destin.

C’est à cet enjeu là aussi, le 28 juin prochain, qu’il nous faudra répondre.

Maxime des Gayets

Conseiller régional d’Ile-de-France,

Adjoint au maire du 2ème arrondissement de Paris