ADP : ne nous laissons pas déposséder !

 

 

 

Tribune publiée le mardi 26 juin 2018 sur le site des Echos.

 

ADP : ne nous laissons pas déposséder !

 

Il y a des décisions qui s’apparentent à des erreurs historiques. Il en est ainsi du choix du gouvernement d’Edouard Philippe de privatiser le groupe ADP. En réduisant la part de l’État dans cette entreprise qui gère les infrastructures aéroportuaires de Roissy, d’Orly et du Bourget, la majorité gouvernementale entend dégager les liquidités nécessaires au financement de son plan d’innovation.

 

Cette opération comptable constitue non seulement un non-sens économique, mais affaiblit profondément notre souveraineté tout comme notre capacité collective à maîtriser ce qui constitue un actif stratégique partagé. Notre bien commun.

Le précédent des autoroutes

 

Cette décision ne repose sur aucune évidence économique, tout d’abord. Le précédent des autoroutes suffit à illustrer les conséquences dramatiques d’un choix fondé sur un besoin de court terme. Alors même que le groupe ADP génère des profits dont bénéficie actuellement l’État, cette manne financière viendra demain nourrir les intérêts d’actionnaires privés, et non l’intérêt général.

 

Et comme pour les autoroutes dont la privatisation fut décidée par Dominique de Villepin, ce sont au final les voyageurs qui risquent de passer à la caisse au nom d’exigences de rentabilité qui deviendront voraces. Alors que l’entreprise ADP est aujourd’hui performante, son changement de modèle aura des conséquences pour l’emploi comme pour l’externalisation d’un certain nombre d’activités.

Porte d’entrée et de sortie

 

Ce choix de privatisation marque un affaiblissement de souveraineté, ensuite. Les infrastructures aéroportuaires constituent des actifs stratégiques d’un tel enjeu qu’ils sont propriétés des pouvoirs publics dans la quasi-totalité du monde. Roissy est la porte d’entrée de la France, elle est la deuxième plate-forme aéroportuaire de correspondance d’Europe, derrière l’aéroport de Londres-Heathrow.

 

En 2016, les terminaux Paris-CDG et Paris-Orly ont accueilli près de 100 millions de passagers. C’est l’endroit où l’on contrôle l’entrée et la sortie des passagers comme des marchandises. C’est un lieu dans lequel la souveraineté ne peut être rognée et où les impératifs de sécurité nécessitent la responsabilité publique, et non la logique d’actionnaires privés.

 

Le gouvernement promet qu’il gardera tous les outils de régulation qui lui permettront de défendre les intérêts publics. Mais ceux-ci se heurteront mécaniquement à la logique du retour sur investissement qui l’emportera sur toutes autres considérations.

Un risque pour les projets d’aménagement

 

L’actionnariat détenu majoritairement par des acteurs privés provoquera une perte de maîtrise de l’organisation et de l’aménagement de nos territoires, enfin. Le Grand Roissy compte 160.000 emplois, dont 85.000 sur le seul aéroport, à cheval sur la Seine-Saint-Denis, le Val-d’Oise et la Seine-et-Marne. Il génère 10 % de la richesse en Ile-de-France et représente l’un des moteurs du développement de la région capitale.

 

L’arrivée d’investisseurs privés majoritaires au sein d’ADP mettra en péril l’ensemble des stratégies territoriales défendues par les collectivités et l’État dans le cadre du Grand Paris Express et des schémas d’aménagement.Le gouvernement ne peut se laisser aveugler par ses dogmes. Il doit revenir sur sa décision de privatisation d’Aéroport de Paris.

 

Maxime des Gayets, conseiller régional d’Ile-de-France (PS).