Chantiers en Ile-de-France : Pour un véritable pilotage régional

LE CERCLE – Grand Paris Express, JO 2024, Notre-Dame… Malgré l’ampleur des travaux prévus en Ile-de-France, aucune coordination n’a été prévue pour en limiter les nuisances, regrette Maxime des Gayets, conseiller régional d’Ile-de-France (PS).

De la polémique entretenue ces derniers mois sur le nombre de chantiers parisiens, on peut retenir les réactions les plus fortes comme les plus folles. Des plus fortes, à l’image de l’effort de transparence de la Ville de Paris ayant mis en ligne les données des 7400 chantiers en cours dans la capitale. Des plus folles, comme cette proposition détonante d’un moratoire de six mois sur tous les travaux, défendu par le candidat Benjamin Griveaux.

Si l’idée même d’une suspension temporaire des chantiers manque clairement de crédibilité, elle est aussi en décalage avec la réalité de ce que va connaître la région Ile-de-France dans les années qui viennent.

Ce sont, en vérité, une succession de chantiers d’envergure qui y est annoncée: création de 200 kilomètres de lignes automatiques (l’équivalent du réseau de métro actuel) et de ses 68 gares, rénovation des lignes existantes et des interconnexions, aménagement des 51 sites retenus dans le cadre du concours « réinventons la métropole », nouvelles installations prévues pour l’organisation des Jeux Olympiques et paralympiques de 202, déploiement de la fibre…

Cet effort d’investissement sans précédent va bouleverser le visage de la région capitale. Il modifiera aussi profondément le quotidien des 12 millions de Franciliens, et offrira des opportunités économiques inégalées, le seul chantier du Grand Paris Express générant plus de 27.000 emplois.

Mais d’ici à leurs réalisations, l’ensemble de ces projets – auxquels il nous faut aujourd’hui ajouter le chantier de la rénovation de Notre-Dame – posent une série de défis inédits qu’il serait opportun de ne plus ignorer. Leur simple énumération suffit à comprendre les nuisances majeures qui pourraient en résulter. L’Ile-de-France va devenir un véritable chantier à ciel ouvert.

Tout d’abord, les conditions de circulation en Ile-de-France qui sont déjà catastrophiques dans le réseau de transport public. Elles seront fortement impactées par les travaux et leurs aléas. Déjà, en novembre 2017, le RER A avait été interrompu à la suite d’un forage trop profond dans le cadre du prolongement d’Eole.

Ensuite, la gestion même des déblais qui vont augmenter de 10 à 20% rien qu’avec les chantiers du Grand Paris Express. Leur extraction ne sera pas sans effet sur l’état du réseau routier. Conscient du sujet, la Société du Grand Paris a annoncé l’évacuation de 8 millions de tonnes de déblais sur les voies navigables. Cela correspond à 20% des déchets que ses travaux vont produire. Le reste, s’il est évacué plus classiquement, correspondra à l’équivalent de 1,8 millions passages de camions !

Et que dire des nuisances sonores incontournables, des besoins de traitement des pollutions des sols, des incidents inéluctables ou des tensions sur le marché de l’emploi comme des matériaux, qui ne manqueront pas d’apparaître au fil du temps ?

Pour pouvoir affronter dans de bonnes conditions l’ensemble de ces chantiers, il faut donc les coordonner. Et c’est d’un pilotage à l’échelle régionale dont nous avons besoin.

Il est plus que temps que le Conseil régional d’Ile-de-France, qui revendique son statut d’autorité organisatrice des transports et ses compétences d’aménagement, de gestion des déchets comme de développement économique, rompe avec la léthargie dans laquelle l’a plongé la droite francilienne pour agir. Plutôt que de railler les collectivités locales confrontées aux conséquences de cette succession de travaux, la région doit assumer son rôle et prendre ses responsabilités.

C’est à elle qu’il incombe de mettre en place, dans les plus brefs délais, une coordination de l’ensemble des acteurs – Etat, collectivités, établissements publics, opérateurs – permettant de mutualiser, d’organiser et d’optimiser l’ensemble de ces grands chantiers.

Car il n’est pas seulement question de réussir à bâtir l’Ile-de-France de demain. Il s’agit, dès aujourd’hui, de limiter les nuisances et les difficultés qui pourraient impacter les Franciliens.

Maxime des Gayets

Conseiller régional socialiste d’Ile-de-France,

Adjoint au maire du 2ème arrondissement de Paris,