Crise sanitaire : les impensés fâcheux de la droite régionale

La présidente de la Région Île-de-France a beaucoup de talent quand il s’agit de faire savoir qu’elle distribue des chèques. Mais est-ce bien ce qu’on attend de la Région en temps de pandémie ? La tactique du chéquier est une chose ; la stratégie et l’anticipation en sont une autre.

Alors que nous nous apprêtons à affronter une crise sociale sans précédent nous avons besoin de préparer l’avenir, de planifier les investissements dès à présent. Or, anticiper, planifier, investir, coordonner, c’est justement le travail de l’institution régionale.

Derrière les vidéos promotionnelles et les photos collées sur les manuels scolaires, l’Île-de-France ne répond plus. Ce silence n’est pas qu’embarrassant : il nous rend terriblement vulnérables face aux défis qui nous attendent.

Un désarmement des politiques publiques préjudiciable

Vulnérables, les associations, les missions locales, les acteurs culturels et bien d’autres encore ne l’ont jamais été autant qu’aujourd’hui. Depuis 2015, la Région s’est désarmée. Elle a renoncé à un milliard d’euros d’investissement dans le tissu social et productif de l’Île-de-France. Ce recul du soutien régional a pesé lourd quand le choc de la pandémie s’est abattu sur eux. Déjà affaiblis, il leur devenait plus difficile de faire face. Ils auront encore davantage de difficultés demain. En effet, la droite a jugé plus opportun de rembourser les banques par anticipation que d’investir dans l’avenir.

Tout cela au moment même où le FMI, qui n’est pas un thuriféraire de la dépense publique, incite au contraire à augmenter les financements, à la fois parce que nos économies en ont besoin et parce que les taux d’intérêt sont si bas qu’il devient plus intéressant d’emprunter pour investir que d’utiliser ses ressources propres.

Il arrive parfois que la cigale et la fourmi ne soient pas celles que l’on croit. La droite a cru jouer à la fourmi ; elle n’a même pas économisé l’argent correctement.

Vulnérables, nos hôpitaux et nos soignants l’étaient déjà avant la pandémie : ils le sont encore davantage aujourd’hui. Pour eux, la crise ne date pas du 15 mars : elle est profonde et structurelle.

En réponse aux réguliers cortèges d’urgentistes, d’infirmiers et de médecins dans les rues de Paris, la gauche régionale avait alerté sur l’état dramatique des infrastructures hospitalières.

A trois reprises, nous avons proposé de mobiliser un fonds dédié à cette question, doté de plusieurs millions d’euros. A trois reprises, nous avons essuyé le refus de l’Exécutif régional.

Trois refus, trois « non » qui pèsent bien lourd aujourd’hui quand on connaît la situation critique de notre système hospitalier pour faire face à l’afflux de patients.

Ce soutien n’était pourtant pas une première : par le passé, l’Île-de-France avait déjà participé à ce type de financement pour améliorer les conditions de travail à l’hôpital. A l’avenir, elle le fera probablement aussi. Mais sous la droite, cela n’aura pas été fait.  

Une réponse régionale en décalage

On nous rétorquera sans doute qu’au moment où la pandémie était au plus haut, la Région a bel et bien été là. Alors que l’État n’était pas capable de faire son travail, elle a pris le relais. Elle a commandé des masques et constitué des stocks.

Tout cela est vrai, et nous avons soutenu et approuvé, unanimement, les décisions visant à distribuer massivement ce matériel de protection aux travailleurs qui en avaient le plus besoin.

Nous avons même fermé les yeux sur les tentatives de récupération politique auxquelles la droite n’a pas vraiment su résister, parce que nous considérions que le temps n’était pas encore venu de souligner « l’absence de coordination et de clarté quant aux conditions de distributions de ces masques », comme l’a écrit si pudiquement le Conseil Économique, Social et Environnemental d’Île-de-France.

Mais qu’en a-t-il été ensuite ? La Région a-t-elle cherché à corriger cette carence sur le long terme par des investissements stratégiques, en finançant par exemple l’acquisition, l’automatisation et l’installation d’un outil industriel, à l’image de ce qu’a fait la Région Bourgogne-Franche Comté ?

Ce mécanisme original, qui aurait permis de de s’assurer de l’acquisition de millions de masques par mois à prix coûtant (entre 0,12 et 0,19 centimes l’unité, soit 4 fois moins chers que les achats opérés par la région Ile-de-France) aurait permis de constituer un stock pour fournir des équipements aux agents comme aux professionnels de santé. Mais non, la Région n’en a pas voulu.

Elle n’a pas voulu non plus s’organiser pour faire face à la pandémie dans la durée, alors que le risque était connu de tous.

Elle n’a pas songé, par exemple, à profiter de l’été pour adapter les bâtiments des lycées- et tout particulièrement les cantines – aux nouvelles contraintes sanitaires, comme les proviseurs, qui s’en alarmaient, l’avaient pourtant demandé.

Elle a mis du temps, également, à répondre à l’urgence économique, parce que sa politique, qui ne misait que sur les champions et les gagnants, n’était pas adaptée. Quand l’économie francilienne s’est mise à plonger, elle s’est trouvée dépourvue de dispositif pour soutenir les entreprises en difficulté, puisqu’elle en avait asséché les crédits quelques années auparavant.

Nous avions alerté sur cette situation à de multiples reprises. Sans succès. Jusqu’à ce que la Région finisse par réactiver ce qu’elle avait, elle-même, dénigré. La droite finit par répondre à l’urgence. Mais elle ne doit en effet ni trop durer, ni trop heurter ses fondamentaux. Avec l’anticipation, l’agilité n’est pas sa première qualité. La communication l’est davantage.

Marteler qu’on a été « exemplaire » est non seulement déplacé au regard de l’humilité attendue par nos concitoyens. Mais c’est aussi s’aveugler sur notre état collectif d’impréparation, de décalages et de carences.

Et pourtant, il y a beaucoup à dire et de leçons à tirer. La première, c’est qu’il faut déjà faire ce pour quoi on est fait et ce que l’administration régionale sait bien faire : planifier, investir, préparer l’avenir. Or, Valérie Pécresse préfère produire des chèques plutôt que des stratégies. Certes, la différence ne se voit pas toujours dans l’urgence. Mais elle pénalise sans conteste, nos capacités collectives pour l’avenir.

C’est aussi cela, ce que révèle la crise du bilan de la région.