Débat budgétaire 2020

Intervention pendant la séance budgétaire du 16 décembre 2019

Séance des 16, 17 et 18 décembre 2019

Intervention générale sur le budget

Maxime des Gayets – Président du groupe « Ensemble, l’Île-de-France »

Madame La Présidente,

Monsieur le Vice-Président en charge des finances,

Monsieur le Rapporteur du CESER,

Chers collègues,

Dans ma famille politique, il est d’usage de dire que les rocardiens ont toujours raison trop tôt.

Même si le rocardisme a influencé au-delà des socialistes, ce n’est pas une qualité très partagée dans cet hémicycle. Et nous ne sommes pas prêts d’en affubler cette majorité.

Vous n’avez jamais eu raison trop tôt. Et de la raison, vous n’en retrouvez – un peu – que bien trop tard.

J’en veux pour preuve vos tentatives désespérées, pour ce dernier exercice budgétaire, de relancer ce que vous aviez – vous-mêmes – mis à bas ces dernières années.

Il vous aura donc fallu quatre années pour comprendre que la rénovation thermique des logements, le soutien aux quartiers populaires ou le lancement de dispositifs de solidarité étaient nécessaires à notre région.

Ces changements de pieds restent pour l’instant du registre de la communication. Mais ils sonnent aussi comme autant d’aveux d’échec.

Échec, parce que nous sommes désormais au crépuscule de votre mandat. Il est trop tard pour rattraper le temps perdu. Oui, il est trop tard.

Dans seulement quelques mois, les électeurs auront à se prononcer sur votre action.

Et vos successeurs à réparer les errements de 6 ans d’une gestion à rebours des attentes des franciliennes et des franciliens.

Cette gestion, quelle fut-elle ?

Celle d’un dogme, cette recherche effrénée d’économies pour brandir le satisfecit des agences de notation.

Celle d’un effacement aussi, en réduisant les capacités d’action de notre collectivité.

Celle d’un aveuglement, enfin, sur ce constitue réellement, une bonne gestion financière.

Car, la réduction de l’emprunt dont vous vous targuez n’est en rien le fruit d’une diminution du train de vie de la région mais est lié au sous-investissement massif que vous avez initié.

Nos collègues du CESER comme la Chambre régionale des Comptes ont ainsi récemment souligné la baisse vertigineuse de l’exécution des crédits d’investissement alors même qu’il s’agit de « dépenses vertueuses ». Depuis votre prise de fonction, c’est ainsi plus d’un milliard d’euros qui n’auront pas exécuté !

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A l’inverse, les réductions de dépenses de fonctionnement, qui sont le leitmotiv de votre gouvernance, auront eu un effet financier global résiduel. Cette réduction ne dépasse guère les 2% si on compare les crédits de paiement exécutés entre 2014 et 2018.

Nous venons de montrer à quel point vos économies ont été petites, il convient de vous montrer maintenant combien vos ravages ont été grands.

Car savez-vous, mesdames et messieurs les conseillers régionaux, ce que sont ces dépenses dont vous vous flattez d’avoir diminué l’ampleur ?

C’est l’aide attendue par ce responsable associatif pour organiser une animation dans un quartier en difficulté,

Ce sont ces crédits qui permettaient à des éducateurs de mener une action de long cours auprès de jeunes en situation précaire,

C’est ce soutien qui assurait le bouclage financier d’actions innovantes pour redynamiser un territoire,

C’est cet argent qui offrait de la pérennité à des structures culturelles comme à des troupes de théâtre.

Année après année, vous avez choisi de rogner sur les subventions, de diminuer leurs montants et d’ignorer les urgences pour obtenir de petites économies. Mais qui ont fait de lourds dégâts.

Madame la Présidente,

Lors de votre passage à la région, vous avez voulu faire des économies d’argent, mais vous avez provoqué des économies d’action.

Pour vous édifier sur ce point, il n’y a rien de plus éloquent que d’évoquer quelques politiques régionales que votre austérité a affaibli depuis 2015 :

  • La division par 4 de l’action en faveur des quartiers politique de la ville. Alors que plus d’un francilien sur 10 y réside, parmi les plus fragiles. En 2019 vous avez consacré en moyenne 50 centimes par habitant sur cette politique, 14 centimes pour ceux qui résident dans le Val de Marne. C’est sur eux que vous faites des économies.
  • La baisse du budget des lycées à hauteur de 20 euros par élève depuis 2015,
  • La perte de 150 millions d’euros de crédits en faveur de la construction de logements sociaux
  • L’incapacité à mobiliser les moyens pourtant fléchés dans les domaines de l’environnement avec en 2019 encore 50% du budget prévu non exécuté en crédits de paiement (69M€ contre 110M€ prévus au BP2019),
  • La baisse de 8% entre 2016 et 2019 du budget culture dans son volet fonctionnement,
  • Ou celle de 15% des investissements pourtant si nécessaire dans le domaine de l’apprentissage et de la formation professionnelle ,
  • La disparition de dispositifs indispensables aux enjeux contemporains, comme la gratuité des transports en cas de pic de pollution, la politique de prévention des inondations et des risques de ruissellement…

Et quel moment avez-vous choisit pour effacer plus encore l’action régionale ?

Le moment où celle-ci est plus nécessaire que jamais, dans une société rongée par les souffrances et abimée par le désengagement et les réformes antisociales du Gouvernement,

Le moment où loin de la restreindre, il faudrait l’étendre et l’élargir.

L’étendre et l’élargir comme nous le proposons, pour soutenir ces 16% de franciliens qui vivent dans la pauvreté, en formulant des réponses à leurs besoins et en préservant les services publics qui sont leur capital.

L’étendre et l’élargir pour résoudre la crise du logement, qui ne cesse de s’accentuer, et qui laissent vivre des familles dans 150.000 logements indignes en Ile-de-France, et près d’un jeune sur deux dans la contrainte de ne pouvoir trouver un logement autonome.

L’étendre et l’élargir pour réduire la précarité des étudiants par la mise en place d’un plan qui vous est proposé par les groupes de gauche et écologistes,

L’étendre et l’élargir pour soulager les personnels des urgences, pour redonner l’espoir dans les quartiers populaires, pour concilier l’exigence sociale et l’impératif écologique, pour renouer le lien de confiance entre les Franciliens et leurs élus.

L’étendre et l’élargir pour que notre collectivité, la région Ile-de-France, soit respectée par les autres institutions comme par les citoyens, parce que véritablement utile.

L’étendre et l’élargir, enfin, pour rompre avec ce qui restera la seule innovation de votre mandat : Arriver à faire si mal, en faisant si peu.

***

Madame la Présidente, sans trahir le suspens des 3 jours de débats qui nous attendent, vous aurez compris que le budget présenté aujourd’hui ne trouvera pas dans nos rangs de voix pour s’y rallier.

Chacune et chacun des élus de mon groupe apportera pied à pied, amendement par amendement, non pas une contradiction – vous en avez déjà suffisamment – mais des solutions.

Ces solutions ne vous seront certainement pas utiles dans votre destin, mais elles le seront assurément aux franciliens. 

C’est à eux que nous souhaitons nous adresser.

Je vous remercie.