(Des)espoirs d’Europe

 

Etrange destin d’un symbole. Brûlées dans les cortèges de manifestations contre l’austérité dans nos capitales, les douze étoiles du drapeau européen flottent aujourd’hui sur les tentes installées, sur la Place Maidan de Kiev.

 



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Dans ces soirs de novembre, il n’a pas fallu beaucoup d’hésitation à la jeunesse ukrainienne pour qu’elle réinvestisse la rue, 10 ans après la révolution orange, et proclame son aspiration à vivre dans un pays ancré à l’Europe, et par là-même à ses valeurs.

 

Oui, ses valeurs. Car cette Europe si éloignée de ses concitoyens demeure une innovation démocratique sans précédent dans l’histoire du monde. Aucun autre regroupement régional ne garantit autant de droits et de libertés.

 

Dans le grand jeu de la mondialisation, la constitution de blocs régionaux est une dynamique puissante, marquée par des logiques de coopération entre Etats plutôt que de confrontation guerrière. Ce monde multipolaire provoque aussi une concurrence d’influences dans laquelle l’Europe doit être pleinement partie prenante.

 

Mais penser le rôle de l’Europe dans un environnement mondialisé, oblige alors à assumer sa place dans les relations diplomatiques, démocratiques comme économiques qui reste aujourd’hui désespérément délaissé par les institutions.

 

Les mobilisations actuelles en Ukraine, nous rappellent d’une certaine manière à cette responsabilité. L’Europe se retrouve convoquée par d’autres.

 

C’était déjà vers elle que s’était tournée la jeunesse du Maghreb lors des révolutions arabes, il y a maintenant deux ans.

De l’autre rive de la méditerranée, le soutien de l’Union européenne était attendu.  Non pas tant pour précipiter ce modèle sur des réalités nationales qui ont leurs singularités et leurs histoires, mais pour obtenir les signes nécessaires à une communauté de destins, fondée sur le partenariat et des valeurs partagées.

 

La démocratie, la liberté de la presse, le droit de la femme, l’Etat de droit sont des principes qui ont vocation à dépasser les frontières. L’histoire nous a trop souvent rappelé, et nous le rappelle encore, que ne pas en être les promoteurs exigeants, nous rend complices de tous les fondamentalismes.

 

C’est ce qui rend d’ailleurs insupportable, le silence assourdissant de l’Union face aux piétinements des principes mêmes de l’Etat de droit par un de ces pays membres, la Hongrie, depuis de trop nombreux mois. C’est ce qui rend indispensable aussi, la lutte acharnée contre les populismes qui ne cessent de gangréner le continent.

 

Les prochaines élections de mai 2014, devront permettre à la Gauche d’engager la réorientation du projet européen sur des bases de progrès et de justice sociale. C’est une nécessité. Mais l’Europe, au-delà de ses aspirations sociales, ne doit renoncer à ce qui en a été la motivation première : l’établissement d’une communauté articulée autour de valeurs fondamentales, dont ont pu bénéficier hier tant de pays sortis de dictatures.

 

Elle doit prolonger ce sillon par des conquêtes nouvelles, et les faire rayonner au-delà de ses frontières.

 

En ce sens, les mobilisations actuelles du peuple ukrainien, portent en elle, un espoir puissant en l’idée européenne. A nous de démontrer que celle-ci n’est pas devenue un astre éteint qui ne continuerait à briller, et à n’exister, que dans le lointain.

Maxime des Gayets