En Ile-de-France aussi, la circulaire « Castaner » pose problème

80% des villes franciliennes seront mécaniquement exclues des résultats nationaux des prochaines municipales.

A moins deux mois des élections municipales, le gouvernement a décidé d’en changer les règles.

C’est par un simple décret du ministère de l’Intérieur qu’il a ainsi été décidé d’exclure les communes de moins de 9.000 habitants des nuances politiques, pourtant nécessaires à leur prise en compte dans les résultats nationaux.

Concrètement, le score de chaque formation politique ne sera plus calculé que sur la base de 4% des villes françaises, excluant par la même près de la moitié du corps électoral du décompte qui sera opéré par les préfectures.

Pour l’Île-de-France aussi, plus petite région métropolitaine mais aussi la plus densément peuplée, cette circulaire pose problème.

Aux fractures économiques, spatiales et sociales qui divisent notre territoire, ce texte va ajouter une nouvelle division – démocratique, celle là – entre ces citoyens les plus urbains dont la voix sera entendue au-delà des enjeux locaux, et ceux qui n’auraient plus de légitimité à exprimer une préférence partisane à travers un scrutin municipal.

Contrairement aux idées reçues, l’Île-de-France est aussi rurale. Plus d’un millier de communes sur les 1277 que compte notre région, regroupent moins de 9.000 habitants.

Cela représente 1,7 millions de franciliens, soit l’équivalent de la population de l’ancienne région Poitou-Charentes.

Sur les 80% des communes franciliennes qui seront donc seront mécaniquement sorties des résultats de mars prochain, un certain nombre d’entre elles se retrouve aussi engagé sur des dynamiques territoriales transversales.

Les villes de Coubron et de Vaujours en Seine-Saint-Denis, de Marne-La-Coquette ou encore de Noiseau font partie intégrante de la métropole du Grand Paris. Comment imaginer qu’elles se voient ainsi privées de toute expression partisane ?

Pour sa défense, le gouvernement se réfugie derrière le mythe des « petits maires », dont l’intérêt et l’action ne seraient que du registre d’un quotidien apolitique et dénué d’enjeux majeurs. Cette vision est non seulement méprisante mais aussi faussée.

Méprisante car on ne peut établir à un seuil aussi élevé (9.000 habitants), la distinction qui devrait être faite entre deux types d’élus locaux ou de collectivités. Ce seuil est, de plus, contradictoire avec ceux d’obligations légales auxquels de nombreux maires doivent se soumettre, comme par exemple pour la loi SRU.

Ce seuil est, de plus, contradictoire avec ceux d’obligations légales auxquels de nombreux maires doivent se soumettre, comme par exemple pour la loi SRU

Faussée aussi, car en Ile-de-France, le devenir des plusieurs petites communes concernées par ce décret est intimement liée à des enjeux d’ampleur : L’Île-Saint-Denis va ainsi accueillir le village Olympique sur son territoire en 2024, Rungis reste mondialement connu pour son MIN et à Paray-Vieille-Poste, on cohabite avec l’aéroport d’Orly …

Qui peut croire que dans ces communes les « enjeux ne sont pas politiques » quand il est question d’aménagement, ou de qualité de vie des habitants qui vivent tout proche de ces infrastructures ?

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Pour l’Ile-de-France, la manœuvre gouvernementale ne constitue pas seulement un écornement démocratique. Elle laisse à penser que nos petites villes ne seraient synonymes que de petits enjeux dans un moment où, à l’inverse, il est nécessaire d’inclure les franciliens sur les grands défis qu’ils ont en partage.

Maxime des Gayets

Président du groupe « Ensemble, L’Île-de-France » (socialistes et apparentés) au Conseil régional d’Île-de-France