Fausse polémique sur la laïcité : Pécresse et Le Point pris la main dans le sac

Déterminée à discréditer ses adversaires dans la perspective des prochaines élections régionales, Valérie Pécresse s’est essayée à instrumentaliser la question pourtant si majeure de la laïcité pour provoquer une controverse dont elle pensait tirer profit.

Pour ce faire, la Présidente de Région a pointé le refus qu’aurait eu son opposition à accepter sa Charte de la laïcité, édictée il y a maintenant 3 ans.

Cette charte, sur laquelle le groupe Ensemble Ile-de-France s’était abstenu (et donc ne s’était pas opposé contrairement aux allégations de la présidente de Région), avait été adoptée dans la précipitation, sans réelle concertation et posait des problèmes juridiques dans son contenu.

D’ailleurs, le tribunal administratif en novembre 2018, en avait retoqué une partie des dispositions.

Depuis, les insuffisances de cette charte et le versement parallèle – par la région – de subventions à des structures contestables dans leur rapport à la laïcité, ont été régulièrement dénoncés par les groupes de gauche et écologistes.

Suffisant pour Valérie Pécresse et la droite régionale pour tenter d’orchestrer le procès en laïcité de ses opposants, en contradiction pourtant avec les prises de position de chacun.

Il convient en effet de rappeler que le Comité de suivi de cette charte n’a jamais été, depuis sa création, saisi d’un refus de subvention pour non-respect de ladite charte. Seul d’ailleurs les centres sociaux ont refusé de signer ce document pour protester contre ses imperfections. Mais passons…

La présentation d’une nouvelle motion en séance plénière, le jeudi 19 novembre, devait « donner à voir » cette opposition des groupes de gauche et écologistes au principe d’une Charte de la laïcité.

Charge aux médias, et notamment à l’hebdomadaire Le Point, de relayer ce qui allait être l’expression d’une division entre une droite régionale qui serait laïque et son opposition dont les positionnements seraient ambigus.

Cette motion visait à rappeler que la Région Ile-de-France avait mise en œuvre une Charte de la laïcité, à demander l’exemplarité des élus sur les principes de laïcité et invitait les collectivités franciliennes à engager une démarche similaire.

Patatras ! Contrairement à ce qui avait été vendu aux journalistes dans un cocktail de mauvaise foi et de mensonges, nous avons – pour ce qui concerne le groupe Ensemble, l’Ile-de-France – voté cette motion. Et aucun groupe de l’opposition de gauche et écologiste ne s’y est opposé. L’appel à l’exemplarité des élus, dans ces moments où les principes de laïcité méritent d’être réaffirmés, nous apparaissaient, de plus, particulièrement utiles.

Non pas tant pour les élus du Parti socialiste qui ont toujours été intransigeants sur ces questions, mais peut-être pour la majorité même de Valérie Pécresse qui reste notamment sous la pression du lobbying des élus de Sens Commun ou du Parti Chrétien Démocrate.

Ce parti justement, qui est une composante de la majorité régionale de Valérie Pécresse, s’est lui exprimé publiquement contre le vade-mecum de la laïcité rédigé par l’AMF, considérant que ce « document tenait en suspicion les religions et fait de la laïcité un ensemble normatif contraignant qui oblige les consciences sur des sujets sensibles ».

Voilà des prises de position qui mériteraient, elles, des clarifications nettes. Pour notre part, nous ne sommes pas défavorables à ce que des collectivités rédigent leur propre charte mais de manière plus concertée et en lien les services de l’État et les associations d’élus, comme l’AMF. Ce sont les garanties permettant d’en assurer l’application effective et d’éviter de se limiter à des coups de communication.

De coup de communication, justement, l’article du Point visant à distiller l’idée que la gauche régionale serait par nature opposée à la charte de la laïcité (et se faisant hostile aux principes de laïcité), a donc été un coup parti trop vite…

Il démontre surtout qu’alors même que le combat pour la laïcité devrait être sincèrement porté et défendu par les responsables politiques dans cette période troublée, Valérie Pécresse n’y voit qu’un instrument de communication tourné vers son seul intérêt.

Être un militant de la laïcité, c’est d’abord savoir respecter cette valeur cardinale de la République. Pas sûr que la manière dont la droite régionale joue avec, soit la meilleure façon de le faire.