Intervention contre la privatisation d’ADP

Lors de la séance du Conseil régional du jeudi 20 septembre, un voeu a été déposé par le groupe Ensemble, Ile-de-France pour s’opposer à la privatisation du groupe ADP. Ce voeu n’a pas été adopté malgré le soutien des groupes d’opposition de gauche. Retrouvez ici le texte de mon intervention.


 

Madame la Présidente,

Mes cher-e-s collègues,

 

Le vœu que nous présentons aujourd’hui se fait l’écho de prises de position, déjà nombreuses, de collectivités franciliennes.

La perspective d’une privatisation du groupe ADP intégrée dans le projet de loi PACTE a en effet provoqué l’opposition de nombreux élus du Val-de-Marne, de l’Essonne, du Val d’Oise, de Seine-Saint-Denis ou de Seine-et-Marne s’inquiétant des conséquences d’une telle cession pour leurs territoires.

 

Mais, vous le savez, ces voix comme celles des salariés du groupe ADP, ne sont pas entendues par le gouvernement. Celui-ci s’est refusé à consulter les collectivités concernées avant la présentation de son projet de loi.

Cette privatisation du groupe ADP constitue un sujet d’intérêt régional évident. Il était légitime que nous puissions en débattre aujourd’hui.

 

J’ai confiance dans les principes qui guideront les groupes de l’opposition de gauche sur cette question.

Si nous ne siégeons pas sous les mêmes couleurs dans cette enceinte, nos histoires sont mêlées et, malgré nos divergences, nous avons toujours su nous retrouver dans la défense de nos valeurs.

La cession par l’Etat de l’intégralité de sa participation dans ADP n’est pas acceptable pour nous, car elle privatise ce qui constitue un actif stratégique de notre pays.

Les impératifs environnementaux, sociaux et économiques liés au trafic aérien ne peuvent être négligés au profit de la seule logique de rentabilité.

 

Vous comprendrez, dès lors, que mon propos et mes arguments s’adressent principalement aux membres de la majorité régionale que nous entendons – ici -convaincre.

 

Le devenir de nos plateformes aéroportuaires constitue un enjeu majeur. Pour l’attractivité de l’Ile-de-France, bien sûr. Mais aussi pour son activité économique : le système aéroportuaire représente 8% de l’emploi salarié et le Grand Roissy regroupe 160.000 emplois, dont 85.000 sur le seul aéroport, générant 10% de la richesse francilienne.

A l’heure du Grand Paris, des grands défis d’aménagement franciliens dont nous débattons continuellement, nous ne pouvons perdre la maîtrise publique d’un outil essentiel de l’aménagement, de la cohérence comme de l’organisation de nos territoires.

C’est, je crois, cette conviction qui a amené le Président du conseil départemental des Hauts-de-Seine, Patrick Devedjian à s’y opposer publiquement et à proposer d’autres modalités de modification du capital.

 

Cet argument suffirait à justifier de notre refus d’une telle privatisation. Comme celui qui rappellerait que pour des raisons évidentes de souveraineté nationale, les Etats-Unis ou l’Allemagne ont gardé la maîtrise publique de leurs infrastructures aéroportuaires.

 

Mais nous pouvons aussi souligner de quelle façon cette décision représente un non-sens économique.

Il s’agit, selon Bruno Le Maire, de trouver les liquidités permettant d’alimenter un fonds pour l’innovation. Passons sur le fait que les recettes de l’Etat ne peuvent être affectées à des dépenses particulières, au nom du principe d’universalité du budget. Mais une question doit être posée : Pourquoi créer un fonds qui devrait générer un rendement annuel de 200M€ alors que la même somme est aujourd’hui touchée par l’Etat avec les dividendes qu’il touche grâce à ses participations ?

 

En voulant transformer Aéroport de Paris en Aéroport de Vinci, le gouvernement actuel reproduit les mêmes erreurs qu’en 2005 avec la privatisation des autoroutes par le gouvernement de Dominique de Villepin.

Certains y verront la preuve que Bruno Le Maire sait être constant dans certains domaines : c’est lui qui, comme directeur de cabinet, avait supervisé ces cessions. Il répète l’exercice aujourd’hui comme ministre.

Comme en 2006, le Ministre des Finances nous assure que la cession du groupe ADP sera fortement encadrée. A l’écouter, ce ne serait d’ailleurs pas vraiment une privatisation. Pour ne pas assumer, on multiplie ainsi les artifices comme cette idée de concession des actifs d’une durée de 70 ans qui va obliger l’Etat à indemniser les actuels actionnaires minoritaires pour éviter des recours juridiques.

 

Tenir un tel propos, c’est compter sur notre amnésie et sur celle des Français. La privatisation des sociétés d’autoroute s’est transformée en véritable aubaine pour les repreneurs, qui ont pu augmenter la durée du bail, relever les tarifs des péages sans pour autant assurer les investissements nécessaires. Et que dire de la hausse exponentielle des dividendes, qui a permis aux sociétés d’encaisser en dix ans les 15 milliards qu’ils avaient dépensé pour racheter les parts de l’Etat ?

 

Mes cher-e-s collègues,

 

Nous savons que les motivations de la privatisation du groupe ADP s’appuient sur des arguments économiques de court-terme.

Nous ne pouvons ignorer que le retour sur investissement primera sur le développement et l’amélioration des plateformes d’Orly et de Roissy.

Nous savons que cette cession ne va être ni une bonne affaire pour l’Etat, ni pour les usagers. Ni pour l’Ile-de-France.

 

Nous devons donc nous y opposer.