Intervention Débat budgétaire – Décembre 2020

Madame la Présidente,

Chers collègues,

1/ Les débats sur les derniers budgets sont souvent l’occasion de revenir sur le bilan de l’action engagée.

Vous-même, lorsque vous étiez assise de l’autre côté de l’hémicycle, aviez choisi ce moment pour dresser un réquisitoire acide de l’action à la tête de la Région, de Jean-Paul Huchon.

Vous dénonciez à l’époque, l’état des bâtiments dans nos lycées. Ceux-ci méritaient d’être rénovés, assurément. Mais à l’époque, les budgets de fonctionnement n’avaient pas été diminués de 20 euros en moyenne par lycéens, il n’y avait pas 85% établissements qui avaient vu leur dotation diminuer, et nous n’avions pas connu des effondrements de passerelles ou de bâtiments. Cela, c’est votre bilan.

Vous appeliez à une révolution des transports, dont le premier acte serait la livraison express de nouveaux matériels roulants. Il fallait effectivement avancer vite. On a vu le résultat. Un seul exemple : Pour le RERB, vous promettiez que toutes les rames seraient livrées en 2020. Elles ne le seront au mieux qu’en 2030. Chaque année de mandat de Pécresse correspond donc à 2 années de retard supplémentaire, il fallait le faire. 

Vous vouliez faire la « chasse » à la dégradation du service, en améliorant la ponctualité. Demandez aux Franciliens ce qu’ils en pensent. C’est 20% d’incident supplémentaires depuis 2016 pour les 900.000 usagers quotidiens du RERB.

Vous attestiez vouloir faire baisser le train de vie trop dispendieux du Conseil régional. Des rationalisations pouvaient être opérées. Mais les crédits de fonctionnement de l’institution ont pourtant augmenté de 4M€ entre 2015 et 2020 (de 191 à 195M€), vous avez gardé la propriété de la rue Barbet-de-Jouy et votre Exécutif détient le record de France régional du nombre le plus pléthorique. Au 15 VP encadrés par le droit, vous y aviez rajoutez 19 conseillers et autres délégués imposés par votre majorité. Il est vrai que cela se voit peu, il faudrait pour cela qu’ils soient présents.

A l’époque, c’est avec les « dents » que vous proclamiez alors vouloir aller chercher des fonds européens pour financer de nouveaux projets.

Ces dents, vous vous les êtes vite cassées. Avec la décision de la commission européenne, de classer l’Ile-de-France dans la catégorie « mauvaise gestion » et le remboursement par la Région de dizaines de millions d’euros en raison d’un taux d’erreur astronomique dans l’instruction des dossiers.

Je pourrai poursuivre encore pendant de longues minutes, cette comparaison cruelle entre ce que vous promettiez et ce que vous avez réalisé.

Madame Pécresse,

Il y a 5 ans tout juste, vous évoquiez Bonaparte : « On gagne et après on voit ». Pour les Franciliens, c’est tout vu. Quant à Bonaparte, vous pouvez, à la lumière de votre bilan, désormais le revendiquer autrement: « le meilleur moyen de tenir sa parole est de ne jamais la donner ».

2/ Votre bilan étant parsemé d’échecs, vous voilà revenue avec ce projet de Budget dans ce que vous maîtrisez donc le mieux : les annonces.

A vous entendre, ce sont des milliards qui vont être déversés par la région pour l’hôpital, les transports, la transition écologique… Dans une confusion organisée des chiffres, des documents (CPER/Plan de Relance/Budget/engagement de campagne) et des temporalités, vous essayez d’habiller vos échecs par de nouvelles promesses.

Au risque d’ailleurs de sacrifier la sincérité de nos discussions budgétaire. C’est ce que souligne l’avis du CESER, à son article 3, quand il s’interroge sur l’opportunité même de délibérer aujourd’hui d’un budget si instable et peu lisible. Un document consolidé aurait dû nous être proposé. C’est une question de respect mais aussi de crédibilité.

De la crédibilité, on la cherche encore sur le Plan de relance de 1,3 Milliard d’euros sur lequel vous n’avez cessé de communiquer. Par la magie des opérations budgétaires, le voici tout juste lesté de 400M€ de crédits nouveaux réellement engagés. Une division par trois entre les annonces et le réel. Cela n’incite pas à la confiance pour l’avenir.

Surtout lorsqu’on s’aperçoit que ce fameux Plan de Relance a été effacé des bleus budgétaires. Cherchez, cherchez, vous ne pourrez le trouver !

Ce Budget supplémentaire n’est, en vérité, pas le seul absent de notre budget. Derrière vos effets de manche, la Région persiste à ne pas vouloir assumer son rôle stratégique.

Plutôt que de se réfugier derrière le dogme de la réduction des dépenses et donc de l’effacement de la Région, notre collectivité devrait être au premier rang des acteurs mobilisés face aux crises qui nous font face.

Je veux parler ici du défi climatique sur lequel aucune mesure d’ampleur n’est véritablement engagée. Pourtant, en Ile-de-France, après des inondations chroniques on pourrait dans les prochaines décennies, subir plus d’une dizaine d’alertes canicule par an, contre une seule en moyenne jusqu’à présent.  

Je veux parler du choc de précarité qui a déjà percuté tant de franciliens, les faisant basculer dans le chômage et la pauvreté. Ils seront 1 millions de sans-emplois en Île-de-France à la fin de cette année, et pour beaucoup ce sont des jeunes. Cette question fera l’objet d’amendements communs de la part de notre intergroupe.

Je veux parler, enfin, de la suite de la crise pandémique qui reste un impensé. Passé les opérations de communication sur la distribution de masques, notre Région a été incapable de préparer ses lycées notamment, au rebond pandémique de l’automne. Dans le budget que vous nous présentez, vos élus de la majorité ont-ils conscience que rien n’est proposé pour anticiper une troisième vague ou participer à la réussite de la campagne de vaccins ? Nous proposerons des amendements pour y remédier.

3/Mais en l’état actuel et aux vues des enjeux qui nous font face, votre projet de budget est inepte. Et ce que vous allez laisser de votre passage à la Région, ce sera au final, surtout des dettes.

Quand on parle finances, Il y a chez vous un fétichisme des dates. Rien n’existe en matière financière avant 2021, c’est-à-dire à la fin de votre mandat. L’année zéro de l’action régionale a duré 5 ans. Tout impact financier, lui, n’a de sens qu’après les prochaines régionales.

J’en veux pour preuve l’accord que vous avez passé cet automne avec l’État sur les fameuses avances remboursables, une formule sympathique mais qui conduit à différer un remboursement régional à une dette d’1 milliard d’euros, à l’après 2023.

J’y ajoute l’accord que vous avez passé avec les propriétaires de notre nouveau siège régional. Ne serait-ce que pour l’immeuble Influence 1, c’est une augmentation du loyer de 71% qui interviendra après 2021. Pour la CRC, en 12 ans c’est plus de 500M€ de charges supplémentaires qui devront être assumées par la collectivité.

Ainsi donc, vous reportez vos dettes pour ne pas avoir à les assumer. Elles ne figureront pas dans vos bilans financiers mais il nous faudra demain, avec les Franciliens, les régler.

J’ai évoqué la dette financière que vous allez léguer aux Franciliens. Mais les dettes les plus importantes, ce sont celles qui ne se rattrapent pas : la dette sociale et la dette écologique. Sur ces derniers points, votre inaction a conduit à déprécier la valeur de notre région. Et à la mettre en danger pour l’avenir.

Dette sociale, tout d’abord car ce n’est pas sur la vie de l’institution – je l’ai démontré- que vous avez engagé des économies. Mais sur nos budgets d’intervention, ceux qui permettent de soutenir et d’aider nos concitoyens.

Je ne prendrai que quelques exemples :

Dans ce moment difficile où les 700.000 ménages franciliens qui souhaitent accéder à un logement social risquent d’être rejoints par une cohorte de nouveaux demandeurs, dans une région où l’on compte 150.000 logements indignes, ce ne sera pas moins de 190M€ qui auront été perdus pour la construction de logement social par le seul fait de vos choix budgétaires.

Et que penser de l’argent économisé sur le dos des associations ou des Missions locales que vous avez fragilisé minutieusement et qui aujourd’hui n’ont pas les ressources nécessaires pour répondre à la crise ? Ou de la diminution par 3 des moyens engagés en faveur des quartiers politique de la ville ?  Sur ce point, vous vous avez revendiqué le Plan Borloo, mais comme le fait le Gouvernement, les annoncées passées, il n’y a rien eu pour les Franciliens.

Dette écologique, ensuite. En choisissant de ne plus conditionner l’action et les aides régionales à des obligations écologiques, vous avez laissé prospérer un modèle de développement qui pénalise- sur le plan environnemental comme sanitaire -tous les Franciliens. Les conséquences de la pollution coûtent, de Melun à Paris, près de 1.000 euros par an et par habitant. C’est vous, pourtant qui avais mis à fin à la gratuité des transports en commun lors des pics de pollution.

Le fer se rouille faute de servir. L’inaction régionale peut être préjudiciable à son avenir. Vous en avez fait, durant 5 ans, la terrible démonstration.