Intervention sur les orientations budgétaires

Madame la Présidente,

Nous voici dans un moment grave qui saigne notre pays, et tout particulièrement notre région.

Infection, chômage, précarité, dépression : Personne n’est épargné et pour beaucoup de Franciliens, cette année 2020 restera comme une année maudite.

C’est dans ce contexte si particulier que nous avons à débattre de vos dernières orientations budgétaires.

Vous le savez, dès le début de cette crise pandémique, nous avons – nous, groupes de l’opposition – fait preuve de responsabilité en nourrissant la nécessité d’union nationale qu’appellent de telles circonstances.

Cette hauteur de vue nous oblige à dévaler une pente bien raide pour se mettre au niveau du débat que vous nous proposez d’instruire sur les perspectives régionales.

Le pourcentage de dénivelé – par le bas – est, en effet audacieux. Nous aurions été en droit d’attendre un document qui fixe une stratégie collective pour permettre à nos territoires d’affronter et de dépasser les difficultés qui les affaiblissent.

Las ! Nous découvrons un document partial et brouillon, bien éloigné des enjeux du moment.

On dit que les épreuves révèlent la mesure des choses. Celles que nous traversons, offrent un éclairage sévère sur ce qui forge votre bilan de mandat, et demain votre boulet de campagne.

Expliquons-nous. Dans une confusion désormais fréquente entre ce qui relève de l’action régionale et de votre action de campagne, le document intitulé « Orientations budgétaires » essaie de trouver des justifications à la politique austéritaire menée depuis 2015.

La conclusion de votre exposé des motifs se veut claquante comme un slogan. Je cite. « Nous n’avions pas prévu la Covid-19 mais nous y étions financièrement préparés ».

Mais votre préparation justement, s’apparente plus à un hommage involontaire à l’œuvre d’André Maginot qu’à l’édification d’un bouclier social protégeant les Franciliens.

Revendiquer ainsi votre propre Inaction, est un argument qui pourrait éventuellement séduire les agents de notation.

Mais il est de peu de poids pour celles et ceux qui ont basculé dans la précarité, précisément parce que vous les avez fragilisés pendant votre gouvernance.

Un seul exemple suffira à ma démonstration. Quelqu’un pense-t-il dans cet hémicycle que nous aurions mieux anticipé la crise du Covid en remboursant par anticipation les banques à hauteur de 100 millions d’euros l’année dernière, plutôt que de mobiliser ces crédits pour financer un plan d’urgence pour les urgences comme nous vous y invitions ?

C’est pourtant ce que vous avez fait au nom de vos « autres priorités ».

Voilà votre échec. Votre incapacité à anticiper, à bâtir de réelles politiques publiques, à porter une vision de l’Ile-de-France lui permettant de se renforcer pour affronter tous les chocs, quels qu’ils soient.

Ironie de l’histoire. Votre dogme de la réduction des dépenses étant désormais inepte, vous nous annoncez des dépenses à tout-va, dans un rapport qui ressemble à une déclaration d’attention de début de mandat.

Oui, de début de mandat. Car, il aura donc fallu une crise telle que celle que nous traversons, pour que vous preniez enfin la mesure de ce que signifie gouverner une région.

J’ai dénoncé à l’instant le bilan des 5 années de votre présidence, mais je ne vous laisserai pas le bénéfice du doute pour jauger de vos derniers mois d’exercice. Les temps sont durs. Pour la politique aussi.

J’ai pour moi la façon même dont vous souhaitez argumenter sur votre action.

Vous martelez ainsi que vous avez engagé un effort d’investissement inégalé pour la région et que parallèlement vous avez réduit les dépenses de fonctionnement de 2 milliards d’euros.

Votre première affirmation est fausse, et la seconde confusante. Joli strike.

La Chambre régionale des comptes a elle-même souligné le désinvestissement régional d’1 milliard d’euros qui a pénalisé tous nos territoires, par le retrait du soutien régional sur des projets structurants.

Quant à votre slogan sur la baisse des dépenses de fonctionnement, je la prétends confusante car elle trompe les citoyens.

Si par dépenses de fonctionnement, nous parlons des dépenses de l’institution régionale, celles-ci ne représentent que 7% de nos crédits de paiements. Et en l’occurrence, ces dépenses ont augmenté de 2% entre 2015 et 2019, passant de 182M€ à 187M€. Je n’y vois aucune baisse.

Mais alors que représentent ces fameux 2 milliards ? Il s’agit précisément de toutes les économies faîtes sur le dos des franciliens, et dont ils mesurent aujourd’hui les impacts dramatiques, dans le domaine des lycées, de l’aide sociale ou du secteur associatif, de la politique de la ville ou de la culture.

Ces 2 milliards ont été nourris, par exemple, par la baisse du budget Emploi, Formation professionnelle et apprentissage de 150 millions d’euros si on compare 2015 et 2019. Les faits étant clairement posés : Souhaitez-vous vraiment les revendiquer ?

Une cause n’étant jamais perdue, je me suis essayé à vous trouver des circonstances atténuantes pour l’avenir.

Mais, voilà que le Plan de relance de 1,3 milliards sur lequel vous n’avez cessé de communiquer, vient de rétrécir par la magie des opérations budgétaires. Le voici tout juste lesté de 400M€ de crédits nouveaux réellement engagés.

Une division par trois entre les annonces et le réel. Vous comprendrez notre hésitation à croire ce que vous nous annoncez pour l’avenir.

Mais 1/3 des engagements tenus, ce serait déjà un pas en avant pour le Val d’Oise à qui vous avez promis 1 milliard et qui attend toujours un engagement concret. Je ne fais, en l’occurrence, que reprendre les observations du Ceser.

Dans ce débat budgétaire, nous aurions pu évoquer votre stratégie en termes de recettes nouvelles pour la région, et revenir sur votre incapacité à obtenir des financements supplémentaires de l’Etat quand la majorité précédente – qui reste votre obsession – en arrachait tous les ans.

Mais là encore votre incapacité à obtenir des victoires contre le gouvernement vous donne l’occasion d’entonner votre habituelle litanie : « c’est la faute des autres » et vous conduit aujourd’hui à vous opposer à la solidarité nationale en menant une bataille contre toute forme de péréquation.

Dans ce débat budgétaire, nous aurions aimé aussi mieux comprendre vos priorités pour 2021 et les choix stratégiques que vous comptiez assumer.

Dans ce débat budgétaire, nous aurions voulu parler de la vie quotidienne des franciliens qui chaque matin utilisent les transports en commun. Ils semblent invisibles à vos yeux.

Or, Madame la Présidente, je persiste à suivre Antonin Arthaud quand il nous rappelle qu’« On gagne l’amour par la conscience d’abord, et par la force de l’amour après. »[1]

Les habitants de notre Région qui sont les grands oubliés de votre mandat et de vos orientations vous le rappelleront bientôt : un bilan sans conscience et sans force ne saura trouver leur amour.

Il n’aura – pas non plus – notre assentiment.


[1] In Heliogabale ou l’anarchiste couronné.