Le populisme à bas coût de Valérie Pécresse

Le populisme à bas coût de Valérie Pécresse

Les prises de position antirépublicaines de la présidente de région ne sont pas du domaine de la sincérité mais de celui du cynisme.

Découvrez la tribune publiée sur le site du Huffington Post.

En quoi un crime commis dans le centre ou le 8ème arrondissement de Paris serait doublement plus grave que s’il était commis ailleurs? Cette hypothèse apparaît absurde. Il s’agit pourtant de la proposition formulée par Valérie Pécresse lors de l’une de ses dernières interventions médiatiques.

Celle-ci s’est déclarée favorable au doublement « des peines dans les quartiers les plus criminogènes », s’appuyant par là sur la récente proposition du gouvernement danois.

Il est vrai que le Danemark envisage – dans le cadre d’un plan particulièrement critiqué et intitulé « anti-ghetto » – de stigmatiser une cinquantaine de quartiers où le chômage est particulièrement élevé, la population paupérisée et majoritairement issue de l’immigration. C’est dans ces endroits que le doublement des peines serait appliqué.

Reprenant la formule, Valérie Pécresse propose donc son adoption en France. Soit. Cela claque comme un slogan et assure des reprises. Mais on s’interroge. Cette double peine, ou plutôt cette peine doublée, qui viserait-elle? A l’entendre, elle concernerait les auteurs de crimes dans les lieux où ceux-ci sont les plus fréquents. Une telle option reviendrait concrètement à isoler les quartiers où s’exerce une délinquance liée au flux de personnes qui les traversent. Une étude publiée par l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) sur les communes du Grand Paris révélait ainsi qu’en termes de violences, c’est le 1er arrondissement de la capitale qui était le plus criminogène comme d’ailleurs pour le taux d’infraction lié aux stupéfiants. Suivi de près par le 8ème arrondissement… Une telle mesure serait inopérante sur le fond. Devrait-elle alors concerner principalement les quartiers subissant une délinquance endogène? Cela correspondrait certainement mieux aux intentions populistes de son auteur et permettrait d’alimenter les clichés. Mais ce choix acterait aussi une discrimination supplémentaire pour des quartiers qui les cumulent déjà.

Car au-delà de l’application pratique, ce sont évidemment les principes de la mesure qui consternent. Le doublement des peines en fonction du territoire est anticonstitutionnel puisqu’il est en rupture avec le principe d’égalité devant la loi. Toute proposition en ce sens encourt une censure évidente du Conseil constitutionnel. Dans notre pays, seul le juge peut apprécier l’individualisation d’une peine dans le cadre d’un maximum légal unique.

Se pose donc une question: cette déclaration est-elle le fruit d’un calcul ou d’une conviction? Il serait méprisant pour la Présidente de Région Ile-de-France de laisser à penser que la façon dont elle s’affranchit de l’Etat de Droit, ne soit pas réfléchit. Donnons-nous lui le bénéfice du doute. Et optons alors pour le calcul.

D’ailleurs, la méthode plaide pour cela. C’est à intervalles réguliers, que Valérie Pécresse brandit ses idées « radicales » comme on stimulerait un clin d’œil. C’est sur-joué mais cela émoustille. Et permet d’accompagner son discours de modernité par un populisme à moindre coût…puisque les mesures proposées ne se traduiront jamais dans les faits.

Par cette lecture, il devient alors possible d’expliquer sa détermination à vouloir instaurer un contrôle salivaire auprès des lycéens pour détecter la consommation de cannabis ; Alors que celui-ci n’a pas passé le contrôle de légalité. On peut aussi y trouver la raison de sa remise en cause, comme Présidente du Stif, du titre solidarité transport pour les personnes bénéficiaires de l’Aide Médicale d’Etat (AME) ; alors que par deux fois, la justice administrative lui a donné tort.

Les prises de position antirépublicaines de Valérie Pécresse ne seraient donc pas du domaine de la sincérité mais de celui du cynisme.

Certains y verront une analyse rassurante, dans un certain sens. Ce serait faire peu de cas de la crédibilité d’une posture et de la responsabilité d’une parole. Mais avec Valérie Pécresse, nous en sommes peut être déjà plus là.