L’étrange victoire

Il n’existe pas de petite victoire. Le succès de François HOLLANDE lors de l’élection présidentielle, mérite d’être souligné à sa pleine mesure. Dans une période de crises, après tant de défaites à la magistrature suprême, la gauche a été capable de surmonter ses handicaps pour rassembler une majorité de Français autour de son candidat. C’est bien un événement historique.

 

Ce succès n’était pas évident. L’impopularité de Nicolas SARKOZY était structurelle dans l’opinion publique. Mais le cortège d’injustices, de défiance et de haine qui traverse aujourd’hui nos sociétés, n’est jamais très favorable aux progressistes. En défendant avec constance son triptyque de campagne – redressement du pays, réconciliation des Français, rayonnement des valeurs – le candidat socialiste a déjoué les pronostics de ceux qui espéraient encore que la gauche s’effondre avant d’avoir franchi la dernière marche.

Il n’y a pas de petite victoire, mais il y en a de plus étranges que d’autres. La déposition du vainqueur ne pourrait retenir que la cristallisation des votes qui lui fut favorable, les images de liesse populaire Place de la Bastille et le retour d’une forme de sérénité dans le pays. Tout cela est vrai, et comptera pour la suite.

Mais alors qu’une élection vient normalement consacrer les valeurs d’un camp, une autre dynamique idéologique s’est aussi manifestée lors de ce scrutin. Au soir de la victoire de la gauche, l’adhésion au programme du FN n’a jamais été aussi élevée, le soutien au droit de vote des étrangers a été divisé par deux en un an et la droite a passé le cap de sa radicalisation… Si la gauche a bien gagné dans les urnes, elle a été puissamment attaquée dans les têtes.

Etrange paradoxe : la stratégie orchestrée par Guillaume Peltier et Patric Buisson a certainement précipité Nicolas Sarkozy dans la défaite. Mais les apprentis héritiers du Club de l’Horloge ont réussi à poser les germes d’une refondation idéologique puissante de leur camp.

Structurée autour des 3I, « identité, immigration et insécurité », cette nouvelle droite rejoint les mouvements populistes qui, en Europe et ailleurs, cherchent à reconstruire des frontières pour exclure, à limiter les droits pour faire taire, à empêcher le progrès pour continuer à détenir.

Après la victoire, il y aura donc une nouvelle bataille. Face à la gauche, une nouvelle vague conservatrice a émergé. Dans le jeu politique français, elle porte peut être plusieurs visages mais défend une même idéologie, stigmatise les mêmes ennemis et emprunte les mêmes mots.

Cette nouvelle droite a déjà fait sienne l’analyse de Gramsci pour qui « le pouvoir se gagne d’abord par les idées ». A la gauche de relever le gant et d’assumer cette bataille culturelle. Mais à elle aussi de montrer que les idées peuvent être popularisées par la pratique du pouvoir. Nous avons cinq ans pour y arriver. C’est un des premiers enjeux de la présidence de François Hollande.