Numérique : le temps est venu de reprendre possession de soi

Numérique : le temps est venu de reprendre possession de soi

L’essor des nouvelles technologies a produit son lot d’opportunités, mais aussi de menaces et d’injustices. Dans le domaine du numérique, la fracture ne serait plus tant entre celles et ceux qui y ont accès et celles et ceux qui en sont exclus, mais dans l’usage, qu’il en soit maîtrisé ou au contraire immodéré. Pour lutter contre la dépendance de certains consommateurs, Maxime des Gayets propose d’y répondre comme on mène des politiques de santé publique de lutte contre l’alcoolisme et le tabagisme. Car entre pianoter ou conduire, il faut aussi choisir92 %. Ce serait le taux de pénétration d’Internet dans notre pays, relevé par une récente étude annuelle sur le sujet. Sur 65 millions d’habitants, la France compterait ainsi plus de 60 millions d’internautes dont plus de la moitié serait actif sur les réseaux sociaux…

Même si, à l’heure du déploiement de la fibre, la diminution des zones encore démunies d’un accès de qualité à Internet demeure une priorité légitime, ce sont désormais d’autres fractures qui se révèlent dans la conversion accélérée de nos sociétés aux nouvelles technologies. Il y a du vertigineux dans la rapidité avec laquelle Internet, les mobiles ou les smartphones ont su s’imposer dans nos usages. Ce qui avait mis quarante ans à se déployer aux États-Unis pour atteindre une masse critique d’utilisateurs de téléphones fixes aura été atteint en moins de trois ans pour ce qui concerne les usagers de smartphones. 

On comprend mieux, dès lors, qu’au-delà de l’hétérogénéité territoriale des infrastructures mises en place, cette brusque transformation ait pu conduire au décrochage d’une partie de la population. Ce serait ainsi près d’un quart des Français qui éprouveraient des difficultés majeures dans l’usage même d’Internet. Ce phénomène, regroupé sous le terme d’« illectronisme », touche principalement les personnes les plus âgées qui, malgré un équipement adéquat, renoncent à recourir aux nouvelles technologies qu’elles jugent trop complexes ou peu dignes d’intérêt. Cette fracture est, en effet, plus générationnelle que strictement sociale. Elle génère des inégalités concrètes face à la dématérialisation des démarches administratives, l’accès aux outils de sociabilité ou à des offres de loisirs. 

Ce malaise persistant dans l’appropriation même du numérique s’accompagne d’une fracture inverse – d’addiction – dans le rapport qu’entretient aujourd’hui une autre partie de nos concitoyens avec les nouvelles technologies. Selon Santé Publique France, en dehors de leur activité professionnelle, les Français déclarent ainsi passer plus de cinq heures par jour en moyenne devant un écran en 2015, une hausse de 53 % en moins de dix ans. Cette dépendance quotidienne aux écrans a bouleversé nos modèles économiques. Mais elle a aussi percuté les modes de sociabilité, comme la place même de notre intimité…. suite