Privatisation d’ADP : La réponse nécessaire des collectivités

Il appartient à la Région Ile-de-France de travailler, dès maintenant, à l’entrée des collectivités locales dans le capital et à la gouvernance du groupe ADP.

 

 

Beaucoup a déjà été écrit sur les raisons qui devraient amener à suspendre le projet de privatisation du groupe Aéroports de Paris prévu dans le projet de loi PACTE actuellement débattu au Parlement.

 

D’un point de vue financier d’abord, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre qu’une cession de la participation de l’Etat s’apparenterait à un non-sens économique. Le groupe ADP constitue l’une des entreprises les plus florissantes de la nation. Elle génère chaque année des bénéfices dont profite largement l’Etat. Dans ce contexte, privilégier une logique immédiate de recherche de liquidités ne peut être qu’une mauvaise affaire pour les finances publiques comme pour les citoyens. On reproduirait alors les mêmes erreurs qu’en 2005 avec la privatisation des autoroutes. Cette décision s’était transformée en une véritable aubaine pour les repreneurs, qui ont pu augmenter la durée du bail, relever les tarifs des péages sans pour autant assurer les investissements nécessaires. Dix ans ont suffit pour que ces sociétés récupèrent les 15 milliards d’euros qu’ils avaient dépensé pour racheter les parts de l’Etat…

 

Mais au-delà, si l’on se range du côté des politiques publiques, on ne peut admettre qu’un groupe qui gère les portes d’entrées sur notre pays -les aéroports de Roissy et d’Orly – fasse l’objet d’une telle privatisation. Un regard de l’autre côté de l’Atlantique suffirait à comprendre que les infrastructures aéroportuaires constituent des enjeux de souveraineté, de sécurité et d’aménagement du territoire qui interdisent toute dépossession publique. Les Etats-Unis et le Canada en sont les meilleurs exemples.

 

Dès lors, et si le désengagement de l’Etat au sein d’ADP devait être conduit à son terme, des solutions nouvelles doivent être trouver pour garantir une présence publique majeure dans le capital de l’entreprise et s’assurer ainsi que les enjeux environnementaux, économiques, sociaux et territoriaux ne soient négligés au profit de la seule logique de rentabilité. Une piste a d’ailleurs été ouverte par les députés. Ils ont ouvert, à l’unanimité, la possibilité pour les collectivités d’Ile-de-France, leurs groupements ainsi que pour le département de l’Oise de détenir des actions de la société Aéroports de Paris.

 

Dans le cadre de l’examen de son budget, le Conseil régional d’Ile-de-France aura à débattre dans les jours qui viennent de l’opportunité d’organiser l’entrée au capital d’ADP des collectivités locales pour porter la voix de l’intérêt général.

 

Il s’agit d’une question majeure : le devenir de nos plateformes aéroportuaires ne peut être régit par les seuls intérêts d’actionnaires privés. Rien que le Grand Roissy regroupe 160.000 emplois, dont 85.000 sur le seul aéroport, générant 10% de la richesse francilienne.

 

A l’heure du Grand Paris et des grands défis d’aménagement franciliens, nous ne pouvons perdre la maîtrise publique d’un outil essentiel de l’aménagement, de la cohérence et de l’organisation de notre territoire. Face à la perspective d’une privatisation du groupe ADP, la réponse des collectivités est attendue.