Que le nouveau monde ne tarde pas trop

Si l’année 2012 fut marquée par une accumulation d’échéances électorales sans précédent, elle n’a ni stabilisé ni clarifié les rapports de force à l’échelle de la planète. Les prochains mois seront donc déterminants pour poser les bases du changement.

  • Des confrontations politiques inachevées

Aux Etats-Unis, Barack OBAMA a été confirmé dans ses fonctions après une campagne électorale plus difficile qu’annoncée. Face à un Congrès majoritairement républicain, il lui faut désormais construire un chemin de sortie de crise dans un moment d’affaiblissement du leadership américain dans le monde.
Vladimir POUTINE a certes retrouvé la présidence qu’il exerçait déjà par procuration mais il est désormais contesté par des forces démocrates qui bénéficient d’une popularité de plus en plus forte chez les classes moyennes russes.
En Chine, le 18ème Congrès du Parti Communiste s’est peut être déroulé sans encombre, avec la désignation de XI Jinping. Mais l’Empire du Milieu ressemble à un colosse aux pieds d’argile tant il reste incapable de se réformer de l’intérieur, tant il reste silencieux face aux revendications sociales, tant il semble étranger aux enjeux de demain, du défi écologique au phénomène de vieillissement de la population.
Si l’arrivée de François HOLLANDE et de la gauche au pouvoir marquent un changement profond pour notre pays et nos concitoyens, nous savons aussi que ces victoires devront être prolongées dès 2013 par les succès du camp progressiste en Italie et en Allemagne pour changer véritablement la donne en Europe.

  • Le triple épuisement

Surtout, ces divers rendez-vous se sont déroulés dans un contexte historique d’épuisement des grands systèmes d’équilibre mondiaux.
Epuisement du modèle économique d’abord. Le capitalisme financier qui dominait le marché international a plongé celui-ci dans un mouvement de récession sans précédent. La raréfaction des ressources, le creusement obscène des inégalités, le déséquilibre des échanges ont sonné le glas d’un modèle fondé sur la financiarisation de l’économie et la dérégulation mondiale.
Epuisement d’un modèle diplomatique, ensuite. Que ce soit au sujet de la Syrie ou du Mali, le système onusien fondé sur le compromis entre « grandes puissances » se retrouve dans l’incapacité d’agir dans des conflits certes internes mais qui mobilisent de manière grandissante l’opinion publique internationale.
Epuisement d’un modèle politique, enfin. Les transformations du monde ont accéléré l’effacement des marqueurs idéologiques qui structuraient les confrontations politiques d’hier. Les crispations identitaires et nationalistes ne sont plus seulement l’apanage des formations les plus extrêmes mais nourrissent aussi des formations plus traditionnelles au Japon avec le PLD, aux Etats-Unis avec les Tea party ou en France avec le courant de l’UMP « la droite forte ».

  • 2013, un contexte « clair-obscur » ?

Epuisement des modèles, entre-deux politiques, c’est dans ce contexte « clair-obscur» que s’ouvre donc cette nouvelle année. Pour reprendre la formule de Gramsci, si le vieux monde n’est pas tout à fait mort, le nouveau tarde encore à s’imposer.
Ces contradictions, ces hésitations entre les crispations conservatrices et les volontés de réforme pèseront lourdement dans les rendez-vous électoraux de l’année 2013. On peut penser aux législatives italiennes (en février) et en Allemagne (en septembre) mais aussi aux confrontations politiques en cours en Egypte ou en Tunisie entre les forces démocrates et les mouvements islamistes.
De la même manière, l’Union européenne se retrouvera à la croisée des chemins. Après la mise en œuvre de premiers mécanismes fédéralistes pour répondre à la crise financière, l’Union devra confirmer lors des prochains sommets européens sa marche vers une intégration plus poussée ou céder définitivement aux velléités individualistes des pays qui la composent. Une grande partie du résultat des élections européennes de 2014 se joue maintenant.

  • Poser le sens de nos actions

Perçue comme une année presque blanche d’un point de vue électoral, l’année 2013 ne sera donc pas sans enjeux. Bien au contraire. Le grand basculement entre « l’ancien » et le « nouveau » va donc s’y jouer.
Si nous sortons d’un moment électoral intense, nous restons donc dans un moment politique majeur. Sur le champ des réformes bien sûr. Mais aussi et surtout dans le champ des idées.
Comme nous l’indiquions dans la contribution générale « Dépasser nos frontières » du dernier Congrès du parti socialiste, la capacité institutionnelle de la gauche à pouvoir agir sur le réel, ne doit pas nous abstraire de la bataille des idées. Au contraire : mener cette bataille idéologique constitue la condition même de la réussite de la gauche au pouvoir. La politique n’est pas seulement un facteur de changement. Elle est aussi un facteur de sens.

Alors, en 2013, souhaitons-nous de pouvoir éclairer les grands enjeux politiques auxquels nous sommes confrontés. Apporter un peu de lumière au débat, nous permettra de sortir de ce « clair-obscur » et d’avancer un peu plus vers un nouveau monde.