« Un socialiste n’aurait pas dû faire cela »

 

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« Un socialiste n’aurait pas dû faire cela »

 

 

D’un point de vue électoral, l’échec des socialistes au pouvoir est une réalité indiscutable.

Mais l’évidence des urnes ne résume pas celle des faits. Il était donc utile que le Parti socialiste se livre à un exercice inédit en produisant, à la suite de la Fondation Jean Jaurès, un examen rigoureux des années « Hollande ». Dans un moment où nos concitoyens s’interrogent sur la sincérité de leurs élus, cet inventaire voulu par le Premier secrétaire, constitue un moment de lucidité précieux avant de prétendre retrouver la confiance des Français.

 

Cette lucidité justement, oblige à reconnaître que la douloureuse expérience du quinquennat de François Hollande s’inscrit dans un épuisement plus global de la social-démocratie. Face aux transformations du monde, les réponses portées par les partis socialistes sont devenues inadaptées, ne permettant ni de réduire la défiance démocratique, ni de prendre la mesure des nouvelles précarités ou du défi écologique. D’une certaine manière, le compromis social-démocrate s’est épuisé face à la nouvelle donne de la mondialisation et à l’affirmation de l’individualisation. Et le Parti socialiste n’en a pas été épargné.

 

Alors même que les turbulences qui traversent nos sociétés apportent une modernité nouvelle aux valeurs fondatrices du socialisme, les réponses qui ont été produites sont trop souvent apparues en décalage, si ce n’est en contradiction avec elles. Mise en œuvre du CICE, déchéance de nationalité, loi travail… Sur quelques réformes, cet écart entre les valeurs et les pratiques ont été des facteurs majeurs de confusion. Que des comportements individuels et collectifs n’ont fait que renforcer. Au point de faire douter un électorat se demandant, au final, si « un socialiste aurait vraiment dû faire cela ». L’histoire négative du quinquennat et de la campagne de Benoît Hamon, c’est celle de l’épuisement d’une doctrine qui n’a pu être comblée que par des tâtonnements politiques.

 

Perçues comme périmées dans l’exercice du pouvoir ou en dissonance dans notre projet présidentiel en 2017, les propositions que nous avons portées ne se sont pas inscrites dans une théorie sociale contemporaine articulée avec notre identité. Celle-ci n’est pas en cause. Les impasses idéologiques du mélenchonisme comme les reniements quotidiens du macronisme suffisent à démontrer que le socialisme demeure une idée neuve.

 

Mais si cette idée n’a pas perdu son âme, il lui faut retrouver sa raison. Elle ne pourra le faire qu’en se confrontant aux nouveaux désordres et non en se cramponnant aux certitudes du passé. Qu’en conciliant son ambition réformatrice avec des modes de résolution adaptés aux enjeux d’aujourd’hui. En transformant le réel sans jamais abaisser son idéal.

 

C’est ainsi que nous pourrons bâtir un socialisme contemporain, qui est la condition première de la renaissance des socialistes.

 

Maxime des Gayets,

Secrétaire national du Parti socialiste